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.10.Guillaume attend dans sa voiture depuis une bonne demi heure. Il est dix-huit heures cinquante-sept. Pas de moto devant la parfumerie. Il commence à se dire qu'elle l'a oublié, qu'elle ne va pas venir, à moins qu'elle ne soit partie plus tôt pour ne pas le voir…
Oh Yann ! Dans quoi m'as-tu embarqué ? Si l'intéressé était là, il resterait baba devant une telle mauvaise foi ! Sur les nerfs, le jeune poseur de vérandas feuillette nerveusement les pages d'une revue d'informatique achetée chez le premier buraliste pour passer le temps. Dix-huit heures cinquante-neuf. Il est sur des charbons ardents. Il a tant souhaité cette soirée, tant rêvé de cet instant que maintenant que c'est sur le point d'arriver, il est pris d'une peur panique. Son estomac se noue violemment. Appuyant la tête contre son volant, il s'oblige à respirer lentement pour calmer cette crampe. Elle s'atténue bientôt suffisamment pour lui permettre de descendre de sa voiture. Ses jambes lui semblent en coton comme il donne le coup de clef pour en verrouiller les portières. Continuant à inspirer lentement, il se dirige vers l'entrée de la boutique quand une main se pose sur son épaule.
Eh ! Salut, Guillaume.
Tournant la tête, il est au bord des larmes. Son casque sous le
bras, Alice affiche son plus beau sourire. Lui n'en revient
toujours pas. Elle est vraiment venue…
Evidemment que je suis venue ! s'exclame-t-elle, un
tantinet froissée. On s'était mis d'accord pour ce soir à
sept heures, non ?
Ouais… bafouille-t-il.
Et il est sept heures ! Tu sais, je ne suis pas du genre à
donner de faux rendez-vous. Si je n'avais pas eu envie
de te voir, je te l'aurais dit pareil.
Guillaume esquisse à son tour un sourire, se disant finalement
que ce brave Yann avait bel et bien raison. Alice repart bientôt :
Alors on fait quoi ? On va boire un verre ?
C'est plutôt une heure pour dîner, ça, non ?
C'est comme tu le sens…
Tu veux aller où ? Je connais un bon restaurant, un peu
plus bas…
Alice fait une grimace assez claire. Visiblement, cela n'entre
pas dans ses priorités pour cette soirée de le voir claquer une
fortune au restaurant dès leur première sortie ensemble. Pas
décidée non plus à le vexer en lui laissant entendre qu'il n'a pas
l'allure de quelqu'un pouvant se permettre un cadre aussi
luxueux, elle lui glisse :
Tu sais, moi, les restos, je n'aime pas tellement. Si ça
ne te dérange pas, je préfèrerais un des fast-foods de la
zone commerciale.
Tu es sûre ?
Ça te pose un problème ?
Non, aucun ! Je… Je t'emmène ?
Tu n'as qu'à y aller. Je te rejoins avec ma moto. Je suis
venue avec, et je n'ai pas vraiment envie de la laisser là.
Bien…
A sa mine visiblement déconfite, elle ajoute pour le rassurer :
Allez, vas-y, Guillaume ! Je te suis ! Je te parie même
que tu ne seras pas le premier sur la rocade !