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.14.Plutôt surprise, Alice prend l'enveloppe que lui tend sa collègue
Cécile.
Il l'a laissée en fin de semaine dernière. Je lui ai
expliqué que tu ne venais pas travailler ici, parce c'était
la semaine où tu allais en cours, et que tu ne serais
donc pas là avant aujourd'hui.
Guillaume ?
Oui…
Comment était-il ?
Normal. Je veux dire, pas plus coincé que d'habitude.
Tandis qu'elle lit la lettre, Alice pose une main sur ses lèvres.
Comme les larmes lui viennent, elle inspire profondément pour
contenir son émotion. Cécile s'inquiète :
Eh ! Ça va aller ?
Essuyant
rapidement
ses
pommettes,
la
jeune
vendeuse
esquisse un sourire pour la rassurer. Puis elle replie la lettre
avant de la glisser dans la poche de son tailleur.
Tu lui as tapé dans l'œil, mais il ne te plait pas, et tu ne
sais pas comment lui dire. C'est ça ?
Non, ce n'est pas aussi simple. Je ne suis même pas
sûre qu'il soit amoureux de moi. Il a vécu quelque chose
de tellement douloureux qu'il n'arrive pas à l'exprimer.
Ouh là ! Tu as levé un drôle de gibier, toi. Méfie-toi, ma
fille, les dépressifs, c'est pire que les machos. C'est très
collant, et ça finit par être contagieux ! Ces mecs-là, ce
n'est pas une femme qu'il leur faut, c'est un psy !
Attends, ce n'est pas un malade ! Il est juste timide.
Ce gars est une ruine, c'est écrit sur lui ! Tu ferais mieux
de t'éloigner avant que la façade ne s'écroule, parce
que c'est sur toi qu'elle va tomber.
Alice laisse ses doigts fouler le papier froid de l'enveloppe.
Cécile ajoute alors, comme la fille reste indécise :
Crois-moi,
pour
l'instant,
il
se
sent
mal
parce
qu'il
n'arrive pas à cracher le morceau. Mais le jour où il
l'aura fait, il se sentira mal précisément parce qu'il l'aura
fait. C'est un cercle vicieux, tu peux me croire.
On dirait que tu parles par expérience.
Tu as en face de toi un aimant à paumés ! Si tu plonges
une fois, tu ne t'en sortiras pas. Tu ne rencontreras plus
que des hommes comme ça. Et tu es trop jeune pour
vivre une histoire pareille, Alice. Fais-moi confiance…
Après un silence, Alice finit par prononcer, pensive :
Il faut que j'y réfléchisse…