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.20.Il fait chaud. Très chaud, ce soir. Les shorts et les jupes courtes
affluent depuis quelques semaines. Pourquoi Guillaume a-t-il
précisément choisi d'acheter du parfum pour la fête des pères ?
Pourquoi a-t-il fallu que ce soit elle qui l'aide à quitter sa place
de parking ? Pourquoi n'a-t-il pas pu détacher sa pensée de
son souvenir ? Des fois, lorsqu'on redessine la genèse d'une
rencontre,
on
s'aperçoit
de
la
quantité
de
détails
d'abord
insignifiant qui ont pourtant été déterminants dans bon nombre
d'histoires.
Pourtant là, il sait déjà que rien ne pourra naître entre eux. Il l'a
toujours plus ou moins soupçonné. Il s'attachait toutefois à
l'espoir qu'il pouvait peut-être se tromper dans ses moments
d'optimisme. Mais des histoires du genre de celle qu'il vit avec
Alice, ça ne s'arrange que dans les contes de fée. Alors
lorsqu'elle lui sert qu'elle a beaucoup aimé ce qu'il lui a écrit, il
sent déjà son cœur se nouer. C'est une sensation qu'il connaît
bien. Quand il envoyait un manuscrit aux éditeurs, il vivait le
même genre d'attente.
Il essayait de se convaincre que ça ne marcherait pas de façon
à ne pas être trop déçu par la réponse. Seulement lorsque c'est
écrit noir sur blanc, ça fait toujours un choc. Guillaume est mis
en face du fait que ce qu'il voulait, ce qu'il attendait plus que
tout ne sera pas au rendez-vous, et malgré son réalisme, il le
prend
mal.
Il
n'entend
donc
déjà
plus
Alice
qu'à
moitié
lorsqu'elle lui sert une histoire censée lui permettre de ne pas
perdre la face :
J'ai déjà quelqu'un dans ma vie, Guillaume. Je l'aime, et
je ne veux pas le quitter…
La gorge serrée, il reste incapable d'émettre un son. Face à la
détresse de son regard, elle ajoute bientôt :
Mais nous pouvons être amis. Tu me connais, je suis
ouverte. Je… Je suis désolée, Guillaume…
Levant la main, il lui fait comprendre qu'il ne veut surtout pas de
sa pitié. Se levant, il lui adresse une esquisse de sourire avant
de s'éloigner d'elle sans dire un mot. Un dilemme s'empare de
lui. Il ne veut pas qu'elle voit ses larmes. En même temps, il
voudrait qu'elle le rattrape, qu'elle le retienne, qu'elle lui donne
une autre chance.
Mais Alice est restée campée près du banc, l'estomac noué par
le mal-être qui l'habite. Pour rien au monde, elle ne voulait le
voir souffrir à cause d'elle. Elle n'aura jamais cherché qu'à
l'aider. Mais le résultat l'a dépassée pour les conduire tous les
deux dans cette impasse. Et le pire à ses yeux reste désormais
qu'elle ne peut plus rien pour lui…