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.21.
Bon écoute-moi bien, maintenant, Guillaume, reprend
Yann sur un ton ferme. Tu peux ne pas savoir faire
quelque chose. Tu peux être maladroit, ce n'est pas un
problème
pour
moi.
Tu
as
toujours
été
un
garçon
vaillant,
et
je
sais
que
tu
apprends
ton
métier.
Seulement, je ne tolèrerai pas que tu me piques deux
fois une crise de nerf sur un chantier comme celle de ce
matin. Surtout après avoir explosé le mur parce que tu
tenais mal la perceuse.
Guillaume ne quitte pas son café des yeux. Yann repart :
Maintenant, si tu as quelque chose sur le cœur, je veux
bien
qu'on
en
parle.
Qu'est-ce
qui
t'arrive
en
ce
moment, Guillaume ? Ça fait deux semaines que tu n'as
pas desserré les mâchoires. C'est encore cette fille qui
te met dans cet état ?
Je ne vois pas comment. Ça fait quinze jours que je ne
l'ai pas vue…
Yann ne répond rien. Il est affligé que son collègue ne soit pas
parvenu à retenir son Alice. Elle lui aurait sûrement apporté
énormément.
Malheureusement,
ces
choses-là
ne
se
commandent pas. Elles ne vous tombent pas dessus sans crier
gare, et pour les gens comme Guillaume dont le charme n'est
pas évident au premier regard, il faut souvent beaucoup plus de
patience et de temps. Une patience que visiblement il n'a pas
eue. Il repart bientôt, d'une voix très douce, proche du murmure
:
Je le savais… Avant même de retourner la voir au
lendemain de notre rencontre. Je savais que je ne
serais pas à la hauteur. Je savais qu'en plus de ne pas
lui plaire physiquement, je n'arriverais pas à renverser la
tendance en lui parlant. J'ai toujours douté de moi et en
plus il a fallu que le trac me tétanise.
Mais elle, qu'en pense-t-elle ?
Elle m'a pondu au dernier moment qu'elle avait déjà
quelqu'un. Mais je crois qu'elle m'a menti pour ne pas
avoir
à
me
dire
une
vérité
plus
blessante
que
je
connaissais déjà.
Ce qui est curieux, c'est que tu… Enfin, tu n'as pas
beaucoup d'estime pour toi-même ! A mon avis, avant
de vouloir plaire à quelqu'un, il faut déjà s'accepter soimême. Or toi, tu me parais en colère avec toi-même…
C'est…
C'est hors-sujet.
Au contraire, je pense qu'il faudrait que tu te libères de
ça, quoi que ça recouvre. Si tu ne le confies pas à
quelqu'un, tu ne seras jamais heureux.
Je te remercie, Yann. T'es comme un frère pour moi.
Mais j'oserai plus te regarder en face si je dois partager
ça avec toi…
Mais tu as fait quoi, au juste ? Tu as tué quelqu'un ?
Non, mais je ne veux pas en parler.
Comme tu veux ! Ma foi, si tu arrives à travailler sans
rameuter tout le quartier à chaque fois qu'une mèche se
bloque dans un mur, je t'en demande pas plus…