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.22."Mon Alice, Je peux bien t'appeler comme ça. Après tout, c'est tout ce qui me reste de toi. Un prénom sur un calepin à côté d'un numéro de téléphone duquel je ne suis même pas certain qu'il me resservira un jour. Cette lettre sera celle de la dernière chance. Seulement je ne sais pas encore ce qu'elle va bien pouvoir contenir. J'aurais tout fait pour te rendre heureuse. Tout donné, tout sacrifié. Si seulement on avait pu être entre nous, une semaine, un jour ou même une heure. Une heure rien que toi et moi, loin de ta parfumerie, loin de tes collègues, loin de mon passé, loin de moi-même. Juste nos deux âmes d'enfant enfin réunies dans un grand jardin rempli d'animaux. Avoir le privilège de croiser autre chose que de la pitié dans ton regard, avoir la chance d'être honnêtes l'un envers l'autre. Chercher une parade pour ne pas me blesser était inutile. Je l'ai bien lu dans ton regard. Ça faisait longtemps que je savais l'issue de notre histoire… si tant est qu'histoire il y ait. Tout au plus un plan, au mieux une esquisse. Je suis si mal de t'avoir perdue. L'espoir m'apportait encore l'ivresse dans mes moments les moins critiques. Quelques larmes auraient-elles changé quelque chose ? Je prends sur moi. Il est difficile de percevoir mes impressions, c'est vrai. Mais à l'intérieur, c'est une douleur inexprimable. Je suis dans une colère folle. Pas contre toi, mais contre moi. En colère contre mon laisser-aller, et mon physique désastreux. Car je suis sûr qu'avec une autre allure, tu ne m'aurais pas pondu au dernier moment cette histoire de petit-ami surgi de nulle part, sinon pour me permettre de sauver les apparences. Je te remercie de cette attention. Elle reflète bien ton altruisme et ta sensibilité. Merci encore de m'avoir traité avec respect sans jamais chercher à me blesser volontairement. Tu m'as fait croire, l'espace de quelques semaines, qu'à moi aussi il aurait pu arriver quelque chose de bien, malgré mes peurs, malgré mes doutes, malgré moi. Je t'aime, Alice. Pour ta spontanéité, ta gentillesse, ton attention. Tu vas me manquer. Mais ça je te l'ai déjà dit. Je vais regretter ton visage si agréable. Je ne voulais pas te gêner. J'en suis profondément désolé. J'aurais aimé pouvoir te parler. J'aurai aimé être un peu plus spontané moi-aussi, être plus impulsif. J'aurai dû t'enlever l'autre soir, et n'arrêter la voiture qu'arrivé au cœur de l'Andalousie ou à Venise. Au lieu d'anticiper toujours ce que vont être nos conversations – minables en ce qui me concerne – et chercher à trouver un sens à des phrases qui n'en ont peut-être pas plus que ce qu'elles veulent dire au premier abord. Seulement je n'ai aucun gnac, aucune agressivité. Je suis insignifiant devant ton regard. Ton sourire me désarme, et je me trouve si ridicule que j'en deviens timide là où je devrais être sûr de moi. Je ne veux pas croire que je t'ai perdue à tout jamais. Je ne peux pas l'accepter. Alors appelle-moi, écris-moi, parle-moi, blesse-moi s'il le faut. Mais ne me laisse pas comme ça. Je ne veux pas te perdre, Alice. C'est trop dur… Guillaume"