![]() |
.29.L’après-midi débutait juste lorsque Guillaume a retrouvé Sarah
à la bibliothèque. Le prenant par le bras, elle a commencé par
lui dire qu’il fallait cesser d’être aussi timide alors qu’il ignorait
juste
par
quoi
engager
la
conversation.
Elle
lui
a
ensuite
expliqué ce qu’il y avait d’important dans la vie, à son point de
vue :
Le
temps
qui
passe
n’épargne
personne,
tu
sais.
Chaque moment de ton existence compte. Même si tu le
trouves rébarbatif ou inutile, il faut qu’il trouve une
justification
dans
ton
avenir.
Sinon
il
sera
perdu
à
jamais. Tu dois te construire un passé solide. Nous
vivons nos souvenirs, et si le reste finit par t’échapper,
c’est peut-être bien tout ce qui subsistera. Moi, quand je
suis mal, à l’hôpital, que la nuit est avancée et que je
me sens seule comme jamais, je me souviens des
repas de famille, de chaque personne qui a bien voulu
parler avec moi. Et ça m’aide à tenir le coup. Tu dois
profiter de chaque personne qui s’intéresse à toi, ne
négliger personne. Car chacune d’entre elles cherche la
même chose que toi.
Quoi ?
A tromper sa solitude. Il n’y a rien de pire que d’être
seul, tu sais. On l’est déjà devant les épreuves les plus
douloureuses de la vie. Alors c’est pour ces moments-là
qu’il faut à tout prix s’ouvrir aux autres et ne surtout pas
se replier sur soi-même.
Pourquoi attaches-tu tant d’importance aux autres ? La
plupart du temps, ils sont indifférents à ton sort, tu l’as
dit toi-même.
Tu as vu ? Une petite tortue !
Brusquement, elle venait de voir un papillon. Mais elle n’en
avait pas perdu le fil pour autant :
Je n’arrive pas à croire qu’un dieu ait pu créer des
créatures aussi complexes que nous ou aussi belles
que ce papillon et dans le même temps laisser une
place à une merde comme la mucoviscidose. Je crois
en mon salut dans le cœur des gens que la vie met sur
mon
chemin.
Mon
espoir,
mon
église,
ce
sont
les
personnes comme toi qui me donnent un peu de leur vie
pour ce que je leur dis et non simplement par pitié ou
par compassion. Allez viens maintenant ! Il est temps de
passer aux choses sérieuses…
Le cœur gros, Guillaume a suivi Sarah sans vraiment chercher
ce qu’elle entend par des choses sérieuses. Lorsque le long
des remparts s'est offert à leurs yeux la boutique d’un bijoutier
spécialisé dans la gravure sur cristal, la petite brune a repris :
Ta copine, si tu veux lui plaire, il faut lui offrir quelque
chose à la hauteur de ce que tu ressens pour elle. Ce
sera la meilleure façon de savoir. Si elle accepte ton
cadeau, c’est qu’elle a de l’estime pour toi et elle pourra
entendre ce que tu m’as dit à son sujet. Si elle est digne
de toi, elle t’écoutera, sans s’occuper des remarques
débiles de ses copines. Parce qu’à ton âge, les filles,
elles ne brillent pas par leur intelligence entre elles !
Et Guillaume s’est vu acheter un petit médaillon en forme de
cœur gravé des initiales de sa blondinette…
"J’étais probablement là avec la fille la plus mature d’entre
toutes, d’une intelligence et d’une sensibilité telles que je me
demande encore aujourd’hui si elle n’appartenait pas à un
échelon supérieur de notre évolution. J’aurais tout eu à gagner
à l’aimer. Seulement je ne la voyais pas avec mes yeux
d’aujourd’hui. Si je me taisais, ce n’était pas parce que j’étais en
état de grâce devant ses propos, mais parce que j’étais trop
con pour lui répondre quoi que ce soit !
Je n'étais pas prêt à la comprendre. J'étais si superficiel. Malgré
cela, elle n'a pas renoncé. Pourtant il y en a eu des moments
où même moi j'étais en mesure de sentir quand je n'étais pas –
mais alors pas du tout – en phase avec elle. Elle m'a dit une
fois qu'elle était déçue, parce qu'elle m'avait cru capable de
grandir un peu. Ça a été la plus belle gifle que j'ai reçue de
toute ma vie. Lorsqu'elle a ajouté :
Tu es le premier garçon que je rencontre qui a été en
mesure de m'exaspérer autant qu'il m'a surprise. Au
bout de deux jours, c'est une performance.
Je ne pouvais pas m'attendre à ce qu'elle m'embrasse juste
après. Ses lèvres posées sur les miennes ont vite senti que
c'était là ma première fois. J'ai été lamentable. Elle m'a alors dit
que
ce
n'était
pas
grave
avant
de
filer.
Je
suis
rentré
complètement
bouleversé,
la
tête
remplie
de
questions,
l'estomac noué comme jamais, et ce drôle de bijou en poche…"