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.30."Le lendemain, elle n'est pas venue à la bibliothèque. J'ai fini par lire la fin de ma bande-dessinée. Puis comme elle n'arrivait pas, je suis rentré chez l'amie de mon grand-père. Mais lorsque j'ai passé l'espèce de rideau de perles qui empêchait le soleil de filtrer dans la cuisine, je suis tombé sur le cousin germain de mon père en pleine conversation avec mon grand-père. J'avais manifesté mon désir de le revoir la veille au souvenir de son caractère entier et de son sens de l'humour. Nous sommes partis tous les trois dans sa voiture visiter un peu les alentours. Nous sommes passés devant une maison ayant appartenu à un écrivain célèbre. Il me semble que c'était George Sand, toutefois je ne peux l'affirmer avec certitude. Je ne crois pas que j'ai beaucoup parlé pendant cette escapade à trois. L'enseignement de la jeune malade n'était pas prêt de porter ses fruits, en vérité ! C'était même le contraire qui m'attendait… Le jour suivant, c'est avec une certaine inquiétude que j'ai parcouru les rues de la bastide dès le matin. Finalement je l'ai retrouvée sur les quais, à l'ombre de grands arbres, à regarder la Baïse suivre son cours paisible. M'asseyant à côté d'elle, j'ai eu droit à une esquisse de sourire. On a échangé quelques banalités sur la pluie annoncée, histoire de ne pas reparler du temps de la veille, ni même de celui de l'avant-veille. Elle m'a soudain demandé, changeant brutalement de sujet, ce que je comptais faire de ma vie, ce que j'aimerai faire plus tard. Je savais qu'une réponse évasive serait malvenue. Je savais que cela pourrait même la blesser, parce qu'elle ne demandait jamais rien au hasard. J'ai alors évoqué mon violon d'Ingres du moment, la bande-dessinée. Enfin, de l'amas de pages griffonnées reliées d'une large bande de chatterton que je désignais sous ce nom-là. Ça l'a intriguée. Elle n'avait pas envisagé que je pourrais m'intéresser à quelque chose d'artistique. Comme je n'avais pas dans l'idée de remonter jusqu'à la maison pour chercher le torchon sur lequel je fondais alors tous mes espoirs, elle a démarré sur musique, et notamment le jazz. le fait qu'elle adorait la Personnellement, l'argent manquant, je me contentais surtout de la soupe populaire que distribuait la bande FM contre un matraquage de publicités. Elle m'a parlé de la voix du saxophone, de l'âme de cet instrument duquel malheureusement elle ne pourrait jamais jouer. Je lui ai alors promis que j'apprendrai à sa place, et que j'en jouerai pour elle. Ça l'a profondément bouleversée, bien plus encore que je l'imaginais moi-même. Ce qui s'est passé ensuite, elle m'a aussi fait promettre de le garder pour moi, et je tiens toujours mes promesses…"