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Le Syndrome de Cockayne.

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.31.

"Quand je lui ai présenté mon "œuvre" le lendemain, elle a fait une grimace avant de me lancer, hésitante, ce qui n'était pas dans ses habitudes :

Dis-moi, tes histoires, tu n'as jamais pensé à les écrire ? Il est vrai que mon personnage principal changeait de coupe de cheveux d'une vignette à l'autre. Ses lunettes carrées au départ finissaient arrondies trois pages plus tard. Les décors étaient simplistes. Quant aux avions, dont les modèles étaient déjà trop anciens par rapport à l'action pour être encore utilisés, ils arrivaient à se déformer pour mieux suivre leur trajectoire. En plus, j'employais un feutre à la mine très épaisse. Bref, c'était pitoyable. Elle a tout de même trouvé de l'intérêt pour l'histoire. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas douté une seule seconde lorsque j'ai choisi de troquer le crayon pour la plume. Eh oui, c'est elle qui a aussi déterminé ma première vocation. Mes parents devaient arriver le lendemain en voiture. C'est lorsque je lui ai dit que tout a basculé. Elle ne voulait pas me perdre aussi vite, pas après être allée aussi loin ensemble. La douceur et la tendresse étaient trop nouvelles à ses yeux pour y renoncer aussi facilement. Moi, je ne partageais pas son point de vue. J'aimais bien être avec elle. Toute cette semaine, j'ai eu la sensation de vivre en rêve, comme transporté dans un petit train flottant au-dessus des nuages. Un train capable de nous conduire dans un pays imaginaire où il ne ferait ni trop froid, ni trop chaud, où elle ne serait plus malade, où la vie nous serait toujours aussi légère que ce matin d'octobre. Avant elle, il faut aussi reconnaître que jamais personne ne s'était intéressé à moi avec autant de force, autant de douceur, autant de dévouement, même… L'idée de la fugue était donc vraiment tentante. Seulement mon foutu réalisme a pris le dessus. Et j'ai pris peur. Où irions-nous, avec cent francs en poche lorsque la nuit tombée, le froid nous tomberait dessus ? Qu'est-ce qui nous attendait ? Je ne voyais pas que pour elle, la durée des moments n'entrait pas en jeu, mais juste leur intensité. Elle brûlait la chandelle par les deux bouts. Seulement qui pourrait lui en vouloir, dans son état ? Mais en fait, le choc causé par cette seule demande avait suffi à me couper le sifflet. J'avais juste les foies, et une indescriptible culpabilité s'est emparée de moi. Je savais que je ne le ferais pas, avant même d'y avoir réfléchi. Et mon silence a eu valeur de refus à ses yeux. Visiblement déçue, elle s'est dégagée de mes bras. Attrapant un feutre dans mes affaires, elle a relevé la manche de mon pull-over, puis celle de ma chemise avant d'écrire soigneusement un numéro de téléphone sur mon bras nu. Puis elle a ébauché l'écriture de son prénom. S'arrêtant à la première lettre, elle a réalisé qu'on ne s'était même pas encore présentés ! Retrouvant son sourire malicieux, elle m'a alors demandé comment je m'appelais. Comme je l'ai renseignée, elle a juste répondu :

Je te dis le mien si tu pars avec moi. Je ne savais plus quoi dire. Alors pour la première fois de ma vie, et je crois d'ailleurs que ça a été la dernière, je me suis mis à pleurer. Lâchant mon bras, elle m'a pris contre elle. A cet instant précis, un seul mot de sa part aurait suffi à ce que je la suive. Malgré le fait que je ne supportais pas l'idée de me retrouver face à face avec ceux pour qui j'éprouvais alors un amour et une admiration sans limite, mes parents. Malgré l'inconnue que demeurait cette adolescente, même désespérée. Malgré la possibilité qu'elle se dérobe si le temps devait tourner à l'orage ou que la situation tourne à notre désavantage. Au-delà de toutes mes peurs, je lui aurais concédé n'importe quoi. C'est là qu'elle m'a dit, de sa voix très douce :
Pardonne-moi. Je n'ai pas le droit de t'imposer ça…

Regarde-moi, Guillaume… Regarde-moi, je t'en prie ! J'ai finalement croisé ce regard empreint d'une mélancolie que je retrouve dans les miroirs qui me reflètent aujourd'hui. Elle a repris, aussi émue que moi :

Je te l'avais bien dit qu'on était seul dans la vie… Elle a passé une main dans mes cheveux, un drôle de sourire sur les lèvres. Puis elle s'est levée et s'est éloignée de moi. Je l'ai regardée partir, incapable du moindre mouvement, accablé…"

prochaine fille que tu aimeras, tu la rendras heureuse, sois-en sûr. Parce que tu n'es plus le garçon égoïste qui a fréquenté Sarah, ni même le garçon bloqué qui a fait peur à Alice. Tu es le garçon qui a pris Julie sous ton aile. C'est toi aussi qui l'a rassurée quand elle avait le trac. Tu l'as écoutée quand elle en avait besoin. Tu lui as fait confiance et tu ne lui as rien caché. Que crois-tu pouvoir faire de plus ? L'amour fraternel que tu portes à Julie est à mon avis le plus bel hommage que tu pouvais faire à Sarah. Car il est la preuve qu'elle a réussi à te transmettre ce qu'elle savait. Quant à Alice, si tu l'aimes toujours, et qu'elle consent à t'écouter, raconte-lui tout ce que tu m'as dit aujourd'hui. A mon avis, il n'en faudra pas beaucoup plus pour que vous repartiez sur de bonnes bases tous les deux.
Mais je lui ai promis de ne plus l'appeler.
Rien ne t'empêche de lui écrire en revanche…