Les artistes sous licence Creative Commons

Accueil Special News Mes passions Coups de coeur Mes favoris Chats et forums Services et telechargement Livre d'or Me contacter A propos ... Partenaires

Chanson au profit le l'association
LES P'TITS BOUTS,
qui s'occupent de récolter
des dons pour faire avancer
la recherche sur
les maladies orphelines
et en particulier
Le Syndrome de Cockayne.

Pour soutenir l'association,
accéder à son site
http://cockayne.free.fr/
pour y acheter le CD ou faire un don.


.32. La voix de Guillaume s'est perdue dans un murmure :
Et vous voyez, ça fait dix ans que je n'arrête pas de me ressasser comment cette histoire. Dix ans à me demander j'ai pu être assez débile pour ne pas la rattraper. Qu'est-ce que ça importait qu'on ait deux jours ou deux heures devant nous ? Nous nous serions fait un paradis de chaque seconde. Et même mes parents auraient fini par comprendre notre fugue ! Mais qui pourrait accepter ce que j'ai choisi de faire ? Qui ?
Julie et Sarah, déjà…
Comment ça ?
Tu m'as dit que Julie et toi vous êtes davantage rapprochés après qu'elle ait su pour Sarah. Sarah quant à elle ne voulait peut-être pas fuguer avec toi. Peut-être voulait-elle juste être sûre que tu n'étais pas trop attachée à elle pour reprendre ta vie comme avant ?
Je ne saisis pas bien…
Crois-tu qu'elle ignorait sa condition ? Crois-tu qu'elle ignorait l'ampleur de ce qu'elle te demandait ? Crois-tu qu'elle ignorait l'âge que tu avais à l'époque ? Si tu répondais oui à une seule de ces questions, tu insulterais son intelligence. Car elle l'était beaucoup trop pour ne pas avoir conscience de tout ça. A mon avis, avant même de te poser la question, elle savait que vous repartiriez chacun de votre côté à la fin de cette semaine. Tu lui as offert tout ce qu'un garçon de ton âge pouvait lui proposer. Une oreille attentive, un respect de sa personne et beaucoup de tendresse. Elle t'a ouvert à ta sensibilité, à ta manière d'écrire. Alors cesse de culpabiliser, Guillaume. Cesse de voir en le dénouement de cette histoire une excuse pour ne plus avancer. Accepte enfin ce que Sarah t'a donné et prends ton envol. Tu n'as pas gâché sa vie. Par contre, c'est la tienne que tu es en train de foutre en l'air.

Vous auriez raison s'il n'y avait eu son numéro de téléphone sur mon bras. La fugue n'était pas obligatoire, je vous l'accorde, mais je ne l'ai pas rappelée…

Si, tu l'as fait… Seulement tu es tombé sur son répondeur.
Comment… Comment le savez-vous ?
Tu ne connaissais pas encore son prénom.
Peut-être, mais vous ne savez pas quand j'ai eu recours

à son téléphone, et c'est là que ça coince, vous voyez.
Tu l'as rappelée trop tard, c'est ça ?
Précisément… Aussi quand j'ai réalisé que non seulement j'étais passé à côté de la seule femme de ma vie, mais qu'en plus j'avais mis quatre années avant de le réaliser, c'est là que j'ai sombré. J'ai pris vingt-cinq kilos. Je me suis laissé partir à la dérive. J'ai voulu mourir, mais je n'avais même plus les couilles d'en finir. J'étais devenu moins qu'un homme, à peine un fantôme. Alors pour ne plus voir le vide de mon existence et tenter de dépasser mes remords, je me suis mis à écrire comme un forcené. Je ne pensais qu'à travailler l'histoire qui immortaliserait Sarah, celle qui me permettrait de conjurer mes erreurs, celle qui pourrait me faire oublier ma lâcheté et ma bêtise…
Et finalement tu l'as écrite…
Oui, mais ce n'est pas ce livre qui me libèrera. Ce n'est pas ce livre qui me renverra au seul vrai moment où j'aurais dû apprendre son prénom. Ce n'est pas ce livre qui me fera prendre sa main et oser l'aimer au-delà de mes peurs, au-delà d'une réalité qui nous aurait de toute façon rattrapés.

C'est précisément parce que votre réalité vous aurait rattrapés que fuguer aurait été une erreur. Et en effet, il est temps d'arrêter ce petit jeu. Tu ne remonteras pas le temps. Tu devras vivre avec le fait d'avoir été aussi long pour la rappeler. Mais avant, s'il te plait, essaie de te souvenir pourquoi il t'a été aussi dur de le faire. Pourquoi avais-tu autant de mal au téléphone ?

Parce que plus le temps passait, moins je savais quoi lui dire. J'avais peur de la déranger, peur de la blesser. Et la peur est restée ancrée en moi.

De même que lorsqu'il a été question d'Alice. Toutefois il semblerait que l'entrée en jeu de Julie a changé la donne.

Je crois que ma relation avec Julie est devenue fondamentale à mon retour à l'équilibre. Elle est à l'origine de quelques miracles sur ma personne. Entre autres, elle m'a obligé à "apprivoiser" le téléphone. J'en ai même acheté un pour ne pas perdre le contact avec elle pendant les vacances. J'arrive à en parler à mes parents, à évoquer quelquefois des moments passés avec elle à la chorale ou ailleurs.
Pourquoi es-tu venu me voir alors ?
On m'avait dit que vous pourriez quelque chose pour

moi, que vous pourriez m'aider à vaincre mes démons.
Ma foi, dans ton cas, je ne pourrai rien de plus que ce que Julie est en train de réussir avec toi. Quand tu en parles, c'est visible, tu te détends instantanément. Tu termines tes phrases. Tu es plus serein. Et tu n'évoques plus des problèmes, mais quasiment que des choses positives. Moi je suis psychologue, pas magicien. Dans un cas comme le tien, il nous faudrait au moins quinze à vingt séances au bas mot rien que pour casser les fondations de ta culpabilité. Julie a visiblement un meilleur feeling avec toi. Tu n'as rien de pathologique, si ce n'est ta timidité. Mais même sur ce point, je ne vais te donner qu'un simple conseil. Le contact avec les autres, c'est comme le saxophone. Il faut pratiquer, encore et toujours, et après ça vient naturellement. Après un silence, le psychologue termine :
Tu sais, ce qu'on appelle l'expérience, c'est tout ce que nos erreurs nous ont appris. Tu en as fait ta part. Elles t'ont fait douter. Elles t'ont fait mûrir. Elles ont fait de toi ce que tu es. Maintenant, cesse de te poser des questions. L'expérience, tu l'as, désormais. La