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.7.
Tu es retourné la voir ?
Ouais…
Et alors ?
Alors rien…
Comment ça, rien ? Elle n'a pas voulu te parler ?
Si, mais c'est moi qui n'ai rien trouvé à dire.
Et vous avez fait quoi ?
Je lui ai acheté un gel douche.
Yann se met à rire doucement, puis ouvertement devant la
mine de chien battu de son collègue :
Un gel douche ? Il était à combien, ton gel douche ?
Vingt-cinq euros ?
Dix-huit…
Non ? Tu as claqué plus de cent balles pour un flacon
de gel douche et tu ne lui as rien dit ?
Ben non…
Je ne le crois pas… Eh méfie-toi, vieux ! Encore deux
ou trois coups comme ça et tu es bon pour aller aux
acomptes !
Si ça suffisait à me détendre, j'irai tout de suite.
Mais pourquoi tu stresses comme ça ? Il n'y a aucune
raison de te prendre la tête. Honnêtement, je ne vois
pas où est l'embrouille.
Ce… C'est moi, je ne sais pas m'y prendre. J'ai tellement de choses qui me traversent la tronche. J'ai passé le week-end à réfléchir à tout ça. Au fond, elle ne me connaît pas et je voudrais déjà qu'elle m'apprécie pour ce que je suis.
Au passage, n'oublie pas que tu ne la connais pas toi non plus.
Elle est tellement avenante, tellement chaleureuse. C'est forcément une fille bien…
Peut-être, mais ça demeure une fille. Et elles préfèrent
que les garçons leur montrent qu'ils ont vu leurs qualités
avant de leur déclarer leur flamme. Si tu brûles les
étapes, d'après toi, qu'est-ce qu'elle va en conclure ?
Que je veux juste la sauter ?
Exactement. Et à t'écouter, on dirait vraiment que c'est
tout ce que tu as à l'esprit.
Non, tu te trompes. Ce n'est pas ça du tout. Enfin, si, un
peu, quand même. Mais pas seulement. Tu comprends,
c'est la première fois depuis une éternité qu'une fille me
traite avec autant de gentillesse et de respect. Elle m'a
toujours considéré sur un pied d'égalité. Je te jure, elle a
des qualités humaines qui me touchent avant tout le
reste. Elle m'a ému, Yann.
Et accessoirement, elle te fait bander.
Tu sais que tu es lourd, quand tu t'y mets ?
Ecoute,
je
veux
bien
t'aider,
seulement
là,
ça
me
dépasse. Je ne suis même pas sûr que tu sois un cas
pour la science. Si tu veux mon avis, tu te prends trop la
tête pour cette fille. Et je n'en démords pas : vous ne
vous connaissez pas. Que tu aies envie que ça marche
entre
vous,
ce
n'est
pas
condamnable.
Mais
reste
attentif
et
ne
te
cantonne
pas
aux
premières
impressions qu'elle t'a données. Après tout, tu ne l'as
vue que sur son lieu de travail. Si tu veux mon avis, tu
devrais l'inviter à prendre un verre après le boulot. En
plus, ce serait le moyen de récupérer son numéro de
téléphone. Hein ?
Tu as probablement raison…
J'ai raison, alors cesse de t'en faire. Maintenant on va
aller poser ce bazar à… Rochefort. Et à Rochefort, on
mange où, le midi ?
A la cafétéria du supermarché.
Tu ne vois pas déjà ton menu qui s'affiche ? Soupe de
poissons avec son fromage et ses croûtons. Ensuite tu
t'offriras une belle entrecôte baignant dans sa sauce au
poivre avec plein de frites. Tu enchaîneras sur une belle
part de fromage et un peu de vin rouge. Mais pas trop,
c'est toi qui conduis ce soir ! Et enfin…
Du gâteau basque ?
Une
énorme
part
de
gâteau
basque
!
On
ira
tranquillement terminer l'installation pour digérer, et à
cinq heures, on est rentré, avec une pièce en poche si
le client n'est pas radin. Tu auras eu une journée de
travail tout ce qu'on fait de détendu, et ce soir, tu iras
voir ta belle, et de ta belle voix grave, tu lui proposeras
d'aller prendre un verre avec toi, parce que tu trouves
que les gens ouverts et chaleureux sont trop rares pour
être négligés quand on a la chance d'en rencontrer. Elle
sera
ravie
et
vous
partirez
roucouler
pépères
à
la
terrasse d'un café sous les dernières lueurs du soleil
couchant… Ce n'est pas mignon tout plein, ça ?
De ma belle voix grave ?
Si tu prends ta voix de fausset, le résultat est tout de
suite moins évident. Bon, il s'agit quand même de
décoller, maintenant. Le patron ne nous paye pas à
deviser sur le repas qu'on va faire à midi. Tu as pris des
cartouches de scellement chimique ?
Oui, je suis passé voir le magasinier ce matin…